Cette semaine a été la semaine la plus éprouvante de mon aventure. Très peu de moments de répit.

Jour 55 : Wawa => Chapleau - 145 km

C'est encore une fois la pluie qui me réveille dans mon sommeil. Ça annonce une journée difficile pour la journée qui va  surement être la plus difficile de mon aventure.
En voyant la horde de moustiques qui m'attend dehors, je préfère rester dans ma tente pour le petit déjeuner. Je profite de la fin d'une averse pour ranger ma tente, mouillée à souhait et ranger mes affaires.
Je remplis ma poche Camel au cas où je n'arriverais pas à la destination finale et de quoi me faire à manger. Cette journée me fait vraiment peur. 
Je m'arrête à Wawa pour faire le plein de provisions et surtout avoir de quoi manger le midi car il n'y a aucune ville, aucune station essence entre Wawa et Chapleau. 
Pour le moment il n'y a plus aucune goutte de pluie, juste une épaisse brume qui enveloppe tout le paysage. 

Brume sur le lac

Je continue d'avancer sur le chemin, au rythme des montées et des descentes. L'avantage au moins c'est qu'il n'y a pas de gros camions qui passent à vive allure sur cette route là. 
La pluie commence à arriver, elle est encore supportable et me rafraîchit même. Je décide de faire deux pauses déjeuner aujourd'hui, l'une au km 40 et la seconde au km 80. Ça me permettra d'avoir de l'énergie sur l'ensemble de la journée. 
Par contre, la pluie est montée en intensité et même les vêtements, supposés Gore Tex, se retrouvent trempés. J'ai l'équivalent de deux verres d'eau à chaque pied lorsque je m'arrête pour essorer un peu mes chaussettes. Mon pantalon est de plus en plus lourd et même les trois couches ne suffisent pas à arrêter l'eau; je me retrouve trempé du haut du corps.
Les 20 derniers km sont longs, très longs. Je n'aurai pas la foi de monter ma tente sous ce temps et encore moins de dormir en camping. J'arrive à Chapleau et j'appelle les motels pour savoir si ils ont de la place.
Le 3ème a une chambre de disponible, mais ce n'est pas un motel. Ça s'apparente plus à une auberge de jeunesse avec les toilettes et la cuisine partagée et chacun à une chambre privée. Je prends quand même, l'idée de dormir dans un lit au chaud et de pouvoir prendre une douche chaude pour réveiller mes membres congelés me fait du bien. 
Cette journée de l'horreur est enfin terminée, après 145 km sous la pluie et avec plus de 600 m de dénivelé. Je suis fier d'avoir réussi cette étape ! 

Jour 56 : Chapleau => Sultan - 68 km

Il continue toujours de pleuvoir ce matin. Ça me stresse quand même puisque je ne sais même pas où je vais dormir ce soir. Sultan, la destination finale de ma journée n'a pas de camping, pas de motels, même pas un magasin. 
Je prends le maximum de force pour attaquer la journée avec un petit déjeuner digne de ce nom. Pomme, Banane et 7 tranches de pain de mie assaisonnées avec du beurre de cacahuètes. C'est fini les petits déjeuner à base de cacahuètes ! Il me faut des forces et des calories ! 
Mes vêtements sont toujours trempés de la veille. Heureusement la femme de ménage m'autorise à utiliser le sèche linge pour pouvoir avoir des vêtements au minimum secs. 
En partant, je passe par le traditionnel supermarché pour faire les courses pour les deux jours suivants. 
La pluie est toujours là, et je m'arrête dès qu'elle est trop importante pour ne pas me retrouver comme la veille parce que encore une fois ce soir je ne suis pas certain de dormir au sec. 
J'arrive à Sultan aux alentours de 17h. Je vois une maison éclairée avec des gens à l'intérieur. Je prends mon courage à deux mains et je toque pour leur demander si je peux camper dans leur jardin. 
Je rencontre Marc et Elliot, un couple gay qui vient tout juste d'emménager dans la ville et en plus de çà, ils parlent français.

Selfie avec Marc t Elliot


Ils me proposent de dormir dans leur chambre d'amis, que je refuse au début pour ne pas m'imposer mais ils insistent. Ça m'arrange quand même de dormir au chaud et de ne pas devoir monter ma tente. 
Nous passons la soirée à discuter de tout et de rien et surtout je mange pour une fois convenablement ! Deux côtes de porc assaisonnées au curry et aux oignons et ail. Un vrai plaisir pour mes papilles. Ça me change grandement de mes nouilles. 
Je passe vraiment une agréable soirée, rassasié et avec deux bières dans l'estomac. Parfait ! 

Jour 57 : Sultan => Highway 144 - 80 km

La nuit fut agréable à l'exception de l'ouverture de ma porte par Marc qui avait oublié que j'étais là. Sûrement la demi douzaine de bière qui faisait son effet ! 
Cette journée, c'est vraiment un coup de poker. La route pour rejoindre l'Highway 144 n'est pas du tout goudronnée. Certaines personnes m'ont dit que je ne pouvais pas la prendre avec mon vélo, trop risqué tandis que d'autres m'affirmaient que ça irait. Pour gagner du temps, j'ai écouté les seconds et j'ai pris le risque.
Je dis au revoir à mes hôtes de la nuit précédente et je m'en vais en croisant les doigts pour que les 80 km à faire ne soient pas un enfer. 
Les premiers kilomètres sont compliqués mais praticables. J'arrive à prendre des chemins damés par les voitures. Ce sont juste les côtés qui sont plus difficiles que d'habitude. Le seul problème sont les voitures. Il y a des automobilistes qui sont attentionnés et qui ralentissent et d'autres qui passent à toute vitesse, avec la poussière et les jets de pierre qui vont avec !!

Sultan Road

Pour faire les 80 km, j'ai mis un peu plus de 4h30, ce qui fait une moyenne un peu en dessous de 20km/h. C'est honorable. Maintenant il ne me reste plus qu'à trouver un endroit où dormir. Il y a une aire d'autoroute avec des tables. Aucun panneau avec écrit qu'il est interdit de camper, c'est parfait. Je commence à déballer mes affaires quand je me fais attaquer par des midges, des petits moucherons qui piquent. Ils sont plus d'une centaine autour de moi, à me tourner autour. Je parviens à finir de monter ma tente et je cours me réfugier dans les toilettes publiques. 
Je décide de finir ma préparation une demi heure plus tard, mais ma tente n'est plus là... Elle s'est envolée sous la force du vent, retenue par les arbres 200 m plus loin. Et les midges sont toujours là. La soirée s'annonce longue.. 
En plus de çà, je ne trouve plus l'ensemble des piquets pour tenir ma tente. C'en est trop, je remballe tout et je vais chercher un autre endroit pour dormir en espérant que ces bestioles ne seront plus là. 
5 km plus loin, je trouve un chemin parfait pour planter ma tente. Elles sont toujours là mais moins nombreuses.

 

Camping sauvage

Une fois mon campement installé, je me rends compte que je n'ai plus ma bombe à ours. Hop, je mange et je retourne à l'aire d'autoroute dans l'espoir de la retrouver... Elle est lac elle a dû tomber quand je me battais avec les midges. Mais une bonne nouvelle ne va jamais sans une mauvaise, la pluie s'est invitée à la soirée, je me retrouve trempé sur le chemin du retour. 
Enfin au lit, une bonne journée mais une soirée catastrophique.

Jour 58 : Highway 144 => Onaping - 111 km

La pluie a continué de tomber toute la nuit. En plus de mes misères de la veille, ma tente est trouée à plusieurs endroits, sûrement au moment où elle s'est envolée...
Hormis ça, la nuit fût bonne et j'ai bien rechargé les batteries pour attaquer une nouvelle journée à plus de 100 km. 
Je retourne à l'aire d'autoroute pour acheter mon repas du midi et c'est parti. La route est extrêmement vallonnée, des grosses montées avec quand même un dénivelé important. Ce n'est pas la Colombie Britannique mais à force de répétition, ça commence à forger mes cuisses quand même.
Je retrouve enfin du réseau en arrivant dans la région d'Onaping, après 3 jours sans. Ça ne m'a pas forcément dérangé mais mes proches commençaient à s'inquiéter surtout que je suis dans une région peuplé d'ours ! Et ça m'a permis de voir que l'équipe de Toronto est devenue championne de NBA en battant Golden State. Je suis quand même un peu déçu de ne pas être à Toronto à ce moment. Ça devrait être là fête. 
J'arrive à Onaping et prend place sur le camping. Mes amis les moustiques et midges sont toujours là, ce sera repas sous la tente encore une fois ! 

Jour 59 : Onaping => Sudbury - 48 km

J'ai hâte de faire ma journée de pause. Depuis Thunder Bay que je n'ai pas fait de journée de repos, mes muscles commencent à me le faire ressentir. 
Il me reste quand même une cinquante de kilomètres à faire pour rejoindre la ville de Sudbury. Et ils sont difficiles ces kilomètres. En plus de la fatigue s'ajoute le trafic incessant, l'état des routes déplorable et mon meilleur ami de cette aventure : le vent !

Paysage de l'Ontario

J'arrive à mon Airbnb pile pour l'heure du midi. Çà tombe bien il y a un Burger King juste à côté. Oui encore un fast food, mais j'ai bien le droit à des repas gras vu ce que je dépense en calories. Je profite d'être dans une ville pour m'acheter de quoi me faire à manger et le reste de la journée a été repos ! Ça fait du bien de ne rien faire du tout et de ne pas avoir de scrupule à le faire.

Jour 60 : Sudbury

P
lanning de la journée : repos encore une fois. Je mets du temps à émerger du lit pour aller prendre mon petit déjeuner. Je m'amuse à compter le nombre de calories juste pour le petit déjeuner : 1500 calories rien que pour ce repas. Je dois être aux alentours de 4000/4500 calories par jour. 
Je me balade un peu dans la ville avec un beau ciel bleu mais la ville n'est pas très belle, à l'exception de deux-trois monuments.

Eglise de Sudbury

Fresque

Mes hôtes de Sultan m'avaient catégorisé la ville comme étant une ville Red Neck, traduit par Coupe gorge. Il y a énormément de SDF ou de personne droguées, beaucoup plus que dans les autres villes. C'est sûrement pour cela qu'ils l'ont surnommé comme çà. 
Voilà une journée de plus de terminée, demain on réattaque le vélo en espérant que mes jambes tiennent jusque là !

Jour 61 : Sudbury => Nipissing Ouest : 92 km

Il fait beau ce matin, même chaud. La journée va être agréable à rouler. Je commence sur l'axe routier, mais je décide de changer rapidement de route, le trafic est beaucoup trop important ce matin. Je me fais klaxonner plusieurs fois, peut être pour me saluer, mais quoi qu'il arrive ça me fait peur ! 
La nouvelle route est beaucoup moins passante mais la qualité de la route est déplorable. On voit que les hivers sont plus rudes qu'en France, creusant la route, parfois profondément. Je me dois donc d'être vigilant pour éviter les trous afin de ne pas voiler ma roue. Le seul petit souci concerne une de mes sacoches, cela fait plusieurs semaines qu'un des attaches s'est cassée. Elle valse donc à chaque secousse. Raison de plus pour ne pas me prendre de trou !! 
Le paysage a vraiment changé depuis Sudbury. A l'ouest, je voyageais sur une route creusée dans la roche, entourée de forêt de pins. Maintenant, le paysage ressemble à celui des premiers jours dans la province de la Colombie Britannique. 

Ferme de l'Ontario

J'arrive au campement. La gérante est aux petits soins avec moi, encore grâce au charme de mon vélo ! 
Je peux enfin manger dehors, les moustiques et les midges ne sont pas en surnombre. Je peux faire face à leurs affronts. 
Au moment d'aller me coucher, je vois la lumière du ciel, rouge orangé, je ne peux qu'immortaliser ce moment.

Coucher de soleil

Encore une semaine de finie, je me rapproche de plus en plus de la fin de mon aventure. Je devrais arriver au Québec dès la semaine prochaine, me rapprochant de Montréal.