Je rencontre, croise même, de plus en plus de monde, preuve que je suis parti un peu trop tôt et que je ne suis pas parti dans le bon sens...

Jour 48 : Thunder Bay

Après cette séance de massage, je profite pour prendre un jour de repos dans la ville de Thunder Bay, histoire de vraiment soulager tous les muscles. Donc aujourd'hui, pas de vélo, à l'exception du trajet pour aller dans une boutique de vélo pour faire changer ma potence (petite partie qui relie le cadre du vélo au guidon). En effet, je pense que mon mal d'épaules vient de ma position trop avancée sur le guidon. Je suis constamment tendu à ce niveau donc maintenant que je n'ai plus mal grâce au massage, je vais essayer un nouveau système et on verra bien ce que cela donnera. 
Le reste de la journée, c'est vraiment repos, je profite de l'auberge de jeunesse qui est presque vide et je vais me balader sur les bords du lac supérieur. 
C'est le plus grand lac d'eau douce du monde, il retient près de 10 % du volume d'eau douce du globe, donc autant dire qu'il n'est pas petit !

Lac supérieur

Il est tellement grand qu'on dirait l'océan et je pense que ça sera encore plus flagrant lorsque je le longerai les prochains jours.

 

 

 

Jour 49 : Thunder Bay => Nipigon - 102 km

On retourne en selle pour une nouvelle étape à plus de 100 km. Je fais quelques courses histoire d'avoir de quoi manger pour les prochains jours et c'est parti. 
Les premiers kilomètres sont agréables puisque je ne roule pas sur l'autoroute. J'emprunte une route parallèle avec peu de trafic, et c'est beaucoup plus sympa. 
J'arrive devant des panneaux montrant les directions. J'espère que je ne vais pas me tromper dans ce puzzle !!

Panneaux directionnels

Je reviens sur l'autoroute pour l'heure de manger. Le paysage est quand même magnifique et saisissant.

Paysage d'Ontario

Je continue mon petit bout de chemin. La journée de repos m'a fait beaucoup de bien. Je sens que j'ai quand même plus de force pour monter les côtes. 
J'arrive au camping et je vois un camping-car pas inconnu. L'équipe de Jimmy Pelletier (voir la semaine 7) dort sur le même camping que moi. Je décide d'aller les voir et parler un peu avec Jimmy, l'homme paraplégique qui traverse le Canada avec un vélo à "main". Ils sont 16 personnes pour réaliser ce projet, 4 camping-cars. On n'est pas du tout sur la même dimension que mon vélo, ma tente et moi ! 

Jour 50 : Nipigon => Rossport - 87 km

Je ne sais pas encore où je vais dormir ce soir. L'équipe de Jimmy va rejoindre une ville à plus de 100 km, mais quand j'ai vu le dénivelé (+ 1000 m), ça m' a calmé rapidement. Je verrai en fonction de ma condition physique. 
Je passe par la traditionnelle station service pour m' acheter mon repas du midi et j'y vais. Je vais longer le lac supérieur aujourd'hui. Ça risque d'être vraiment beau. 
Durant la matinée je m'en suis assez éloigné. Une bande d' arbres masque la vue. Je suis un peu déçu. 
Je m' arrête pour manger et je vois une personne en vélo. C'est un suisse qui parcourt le Canada à vélo de Toronto à Vancouver. Il est comme moi, jeune et parti réaliser cette aventure sur un coup de tête sans jamais avoir réalisé de projets similaires avant. Il me dit que la route est belle sur la partie qu'il me reste à faire. 
C'est confirmé, malgré les belles côtes que je dois prendre, la vue est bluffante. Une vaste étendue d'eau, tellement grande qu'on dirait une mer.. 

Lac Supérieur

J'arrive au camping de Rossport pas trop tard, c'est parfait. J'aurai le temps de faire mes étirements en espérant qu'il n'y ait pas trop de moustiques. Mon emplacement de camping est parfait, juste à côté du lac. J'entends les vagues qui vont certainement me bercer pour la nuit à venir. 
L'heure du coucher du soleil arrive, et c'est décidé je ne veux plus rentrer en France et vivre ici.

 

Couchers de soleil sur le lac Supérieur


Jour 51 : Rossport => Nyes Park - 84 km

Malgré ma difficulté à dormir, merci les siestes, j'ai passé une bonne nuit bercée par les vagues du lac. Et j'ai pu apercevoir les étoiles dans le ciel, certainement la première fois que je les vois de mon aventure. 
Je m'en vais et j'attaque directement par une montée pour bien chauffer les muscles. Mais je m'arrête rapidement pour aller voir les Rainbow Falls.

Rainbow. Falls

Je continue mon chemin, malgré le vent contraire et j'arrive rapidement à Terrace Bay, ville que j'aurais dû rejoindre la veille. 
Je m'arrête pour un point de vue, les chutes d'Aquasbon.

Aquasbon Falls

C'est clairement les plus belles et les plus impressionnantes chutes que j'ai vu de mon voyage. On se rend bien compte de la puissance et du débit de l'eau. 
Je m'arrête pour manger et je repars. Il fait très chaud aujourd'hui, je me retrouve même en short et t-shirt. 
J'arrive presque à destination mais mes jambes ne suivent plus. Je subis les 10 derniers kilomètres, ils sont plus durs que l'ensemble de la journée. 
J'arrive enfin au camping, sans eau dans les gourdes. Il était vraiment temps que j'arrive.

Jour 52 : Nyes Park => White Lake - 79 km

 

Je me fais réveiller à 5 heures du matin par deux oiseaux qui se chamaillent. Et même mon coup de gueule n'y fait rien, ils ne m'écoutent pas. 
Je me lève assez tôt du coup, déjà attaqué par quelques moustiques et je file dans la direction de la ville de Marathon, où je trouverai bien quelque chose à manger. 
Je ne m'attendais vraiment pas à autant de difficulté dans l'Ontario. La succession de côtes me fatiguent vraiment, d'autant plus que lorsque j'ai le vent contraire, je ne peux même pas profiter de la descente pour me reposer. 
J'arrive dans la ville de Marathon, après avoir fait un écart à l'itinéraire. Comme beaucoup de villes, Marathon est une ville morte. Il n'y a pas grand chose à voir ni à faire mais je salive déjà sur le fast food. 
Mes jambes sont vraiment fatiguées, déjà.. je me tâte à m'arrêter dans le camping de Marathon et continuer demain. Mais je regarde la météo, et ils annoncent de la pluie toute la journée. Autant profiter du soleil pour être sous la pluie moins longtemps le lendemain. 
J'arrive au parc de White Lake. Je prends place au camping mais j'ai la mauvaise surprise de voir que l'eau n'est pas potable ici. Heureusement que je rencontre un couple venu de l'état de Washington qui me remplit la gourde parce que je suis assoiffé (certainement le fast food du midi !) 
Ils m'informent que les douches sont pour le moment fermées. Ça tombe mal parce que je rêvais d'en prendre une...
Je monte ma tente, attaqué par des moustiques et des midges (moucherons piquants) et je m'y réfugie dedans en attendant le dîner et de pouvoir prendre une douche.

Jour 53 : White Lake => White River - 38 km

 

Les gouttes de pluie sur ma tente me réveillent. Le temps va être mauvais toute la journée. Heuresement que je m'étais mis en tête de faire une petite journée aujourd'hui pour rejoindre la ville de White River. 
Je profite d'un répit de la pluie pour remballer le tout et partir en direction de l'est. La pluie est présente mais pas non plus diluvienne. J'arrive à avancer et mes vêtements tiennent le choc. 
Après deux heures de vélo, j'arrive à White River. Je rencontre un autre cycliste, un Allemand du nom de Colin, qui lui va en direction de l'ouest. Il est parti de Montréal et va rejoindre l'Argentine en vélo. Petite anecdote, nous avons le même vélo !

Colin, le cycliste allemand

Il a vraiment beaucoup de courage de réaliser un tel projet en solitaire. Je vois comment j'ai pu peiner à certains moments pour faire les 3 000 km, alors je n'imagine même pas pour rejoindre l'Argentine.
Je m'arrête à la station service en attendant que la pluie diminue pour pouvoir monter ma tente sur le camping. Je rencontre quatre québécoises qui viennent de Montréal et qui partent pour la Colombie Britannique pour un job d'été. Elles sont interressées par mon aventure et l'une d'elle a traversé l'Asie à vélo. C'est la partie vraiment sympa de mon périple, mon vélo suscite la curiosité et ça permet d'échanger facilement. 
La pluie a diminué et je pars pour installer la tente sur le camping qui est gratuit. J'apprends par le biais d'un ouvrier que la ville de White River est la ville de Winnie l'ourson. Pour la petite histoire, c'est un soldat canadien à l'époque de la seconde guerre mondiale qui a trouvé un petit ourson seul, sa mère s'étant faite tuer par des chasseurs. Le soldat venant de la ville de Winnipeg à décider de surnommer cet ourson Winnie en référence à sa ville.

Jour 54 : White River => Wawa - 88 km

La nuit fût rythmée par les arrêts fréquents des camions à la station service. C'est l'inconvénient de suivre la Transcanadienne et de dormir à côté. 
Je ne pars pas trop tard car j'ai quand même un peu de route à faire pour rejoindre la ville de Wawa. 
Sur la route je rencontre de nouveau un cycliste, le 3 ème en une semaine. Il vient de Montréal et fait exactement le même trajet que moi dans le sens inverse. Il est parti 3 semaines auparavant de Montréal et compte rejoindre Vancouver, sans date précise. 

Thomas, le cycliste québécois

Comme moi, il est un peu parti sur un coup de tête, sans expérience de vélo et avec le strict minimum en terme d'affaires.
Je me rends compte au fur et à mesure de l'avancée de mon aventure lorsque je croise d'autres cyclistes, que j'ai pris beaucoup trop de vêtements. Certes je suis parti beaucoup plus tôt qu'eux avec des conditions météorologiques du début particulièrement froides mais je m' améliorerai pour les prochaines aventures en vélo. 
Je me trouve un petit coin sympathique, au bord d'un lac, pour prendre le déjeuner. C'est dans ces moments là que je réalise ce que je suis en train de vivre et ce que je suis en train de faire. Prendre son repas au bord d'un lac au calme presque tous les midis, c'est vraiment la belle vie.

Pause déjeuner au bord d'un lac

J'arrive au camping de Wawa aux alentours de 16h. Je vais pouvoir faire mes étirements tranquillement avant l'invasion de moustiques.
Pendant mes étirements, j'entends du bruit à l'endroit où j'ai posé mes sacoches. Je me retourne et je vois un écureuil qui est en train d'essayer de manger mon pain de petit déjeuner. Même en essayant de le chasser, il ne part pas. J'aurais vraiment tout vécu pendant ces trois mois. 
Je me couche tôt car demain sera une très grosse journée.