"J'ai échoué dans mon aventure". Voilà les premiers mots que je me suis dit quand j'ai pris l'une des plus importantes décisions de mon projet ! 

 

Jour 28 : Cochrane => Cheestmere - 80 km

 

Le moral n'est toujours pas au top, je n'ai pas envie de me retrouver tout seul pendant plus d'un mois et demi mais je me force à y aller. En plus la côte que je vois au loin ne m'enchante pas du tout et me motive encore moins. 

Petit tour au Safeway pour acheter mon repas de ce midi et hop j'attaque la grosse montée. Elle est longue, vraiment longue et je pense que je ressens encore les kilomètres d'hier ! 

Le point positif à la fin de cette montée, c'est la vue. Moi qui ne pensait ne plus voir les montagnes après ma journée d'hier, je les aperçois une dernière fois, comme un au revoir pour une prochaine fois ! 

Dernière vue des montagnes canadiennes

Je poursuis ma route en direction de Drumheller, au nord-est, en bonne compagnie du vent. Il souffle, en provenance du nord, à une vitesse telle que mon vélo virevolte. Je suis obligé de compenser à chaque rafale. C'est vraiment très physique, et je ne m'y attendais pas du tout. Je pensais vraiment que les plaines allaient être d'une simplicité par rapport aux Rocheuses mais je n'avance pas, je me bats contre ce satané vent toute la journée. 

En plus du vent, je ne me sens pas du tout en sécurité sur la route. Les voitures défilent à plus de 100 km/h alors qu'il n'y a pas de piste cyclable. À chaque passage de camion, ceux-ci me créent un appel d'air manquant de me faire tomber plus d'une fois.

Je suis obligé de rebrousser chemin et retourner en direction de la Transcanadienne et je m'arrête sur un camping, cher pour ce qu'il propose, pour la nuit. Le vent m'a vraiment épuisé. J'espère qu'il se calmera d'ici demain. 

Jour 29 : Cheestmere => Strathmore - 47 km

 

Je l'entends, je le sens. Le vent est encore là. Ma tente bouge dans tous les sens. Je pense que la journée va être longue et compliquée. En plus de ça, il fait vraiment froid, aux alentours de 5 degrés. Tout est là pour avoir le moral à 100 % ! 

Allez je pars, du coup par la Transcanadienne, la route que je voulais éviter à tout prix, mais elle est quand même plus sûre que les routes parallèles.

Le vent me martèle à coups de rafales, sans cesse. C'est comme si j'étais son sparring partner, et que je ne faisais qu'encaisser les coups. J'avance tant bien que mal, faisant des pauses tous les 3-4 km. 

Je ne pourrai pas aller très loin à ce rythme là, et mes intentions de rejoindre Winnipeg en 12/15 jours s'évaporent au fur et à mesure que j'avance. 

Heureusement, un graffiti de Pacman me fait au moins esquisser un sourire dans la journée. 

Pacman sur des silos

J'arrive enfin à Strathmore, ville que j'aurais dû rejoindre déjà hier. Je n'en peux plus et j'ai une faim de loup ! Je m'arrête dans un fastfood, A & W, et je me lâche ! On oublie tout sur la diététique, bien être, j'ai besoin de manger ! 

Je réfléchis à une solution concernant le problème du vent. Par chance, il y a une entreprise de location de voiture à Starthmore, ce qui me permettrait d'avancer jusqu'à Régina en voiture et couper une partie des plaines canadiennes. 

J'hésite ; d'un côté ça dénature mon projet de rejoindre Montréal en vélo en partant de Vancouver. Mais d'un autre côté, le vent joue sur mon physique, mon mental et surtout sur ma sécurité. Je ne fais pas ça pour obtenir la gloire ou un trophée, je le fais pour moi. Ma décision est donc prise : c'est réservé pour demain. Je loue un SUV pour m'assurer que mon vélo rentre bien dedans (sinon j'aurai l'air malin !) et je vais rejoindre le camping pour la nuit. J'espère vraiment avoir pris la bonne décision...

Jour 30 : Strathmore => Régina - 705 km

 

Il pleut maintenant. La pluie vient se mêler au combat que je mène avec le vent. Raison de plus de ne pas regretter mon choix de la veille. 

Je remballe ma tente mouillée et je m'en vais rejoindre la compagnie de location. 9h30, la voiture est chargée et c'est parti pour 7 bonnes heures de routes. 

Voiture louée - Jeep Cherokee

La route, c'est un trait droit sur laquelle tu peux rouler à 110 km/h : voilà en résumé ma journée. Non, plus sérieusement, plus j'avance plus ça me rassure : j'ai fait le bon choix. Le paysage est beau, mais pendant 700 km en vélo ça aurait été vraiment long. Je prends quand même la peine de filmer la route avec ma Go Pro pour avoir un souvenir.

Je m'arrête à une station service pour faire le plein, ma porte se referme toute seule avec la seule force du vent. C'est définitif, j'ai fait le bon choix et je ne le regrette pas ! 

J'arrive à l'auberge de Régina en fin d'après midi, j'y dépose mon vélo et je file à l'aéroport pour rendre la voiture. 

Mauvaise surprise, avec la catégorie de voiture que j'ai pris, je n'avais que 200 km d'offerts et le reste en supplément. Et en plus de ça, ils ont fait une erreur lors de la saisie des kilomètres, et je me retrouve à avoir soit-disant fait 1100 km au lieu de 700 km. Finalement la voiture m'aura coûté plus 600 dollars au lieu des 400 dollars annoncés. Mauvaise nouvelle... Je rentre à l'auberge dans l'espoir que la journée de demain sera meilleure. 

Jour 31 : Régina

 

Je décide de rester une journée pour visiter Régina, capitale du Saskatchewan. Elle n'est pas présentée dans mon Lonely 

Planet et TripAdvisor cite sept musées parmi les 10 meilleurs attractions. Je vais bien me faire ma propre idée. 

Nous sommes le dimanche 19 Mai, et les canadiens préparent l'anniversaire de la reine, le lendemain. Plusieurs avenues commencent à être décorées. Je ne savais pas que les canadiens fêtaient l'anniversaire de la reine d'Angleterre, ce qui explique sa présence sur les billets de 20 dollars ! 

Drapeaux du Saskatchewan

Effectivement, il n'y a pas grand chose à visiter dans Régina. J'erre de rues en rues sans forcément prendre plaisir à visiter. Il n'y a pas de centre ville, la ville est une succession de petites maisons, la plupart en mauvais état, et puis c'est tout ! 

Allez pour me réconforter, je vais manger une pizza, pas une Régina mais une Quatre fromages ! Grosse erreur, j'avais oublié que le fromage n'est pas le même qu'en Europe... 

Je continue un peu ma balade puis je retourne à l'auberge pour me reposer. Les journées de vélo m'ont vraiment fatiguées.

Jour 32 : Régina => Fort Qu'Appelle - 77 km

 

Allez, petit déjeuner à base de yaourt et granola, mon petit déjeuner spécial auberge ! Ça me change des bananes et pommes des autres jours. 

Il faut que je sorte de la ville, mais l'avantage des villes américaines, c'est que les rues sont quadrillées. Je m'en sors rapidement puis j'arrive à prendre une route parallèle à la Transcanadienne. La sécurité avant tout. Je vais faire un détour pour me rendre à Winnipeg mais la route sera quand même beaucoup plus agréable, d'autant que je suis en bonne compagnie : le vent. Je vais l'accepter et attendre qu'il passe. 

C'est vrai que les plaines sont belles mais quand même très monotones. 

J'arrive tant bien que mal à Fort Qu'Appelle, et plus précisément au camping, qui est quand même pas mal occupé en ce weekend prolongé. 

Je m'installe, fais mes étirements quotidiens et je vois le coucher de soleil arriver sur le lac Echo. C'est vraiment magnifique. 

Coucher de soleil sur Echo Lake

Jour 33 : Fort Qu'Appelle => Melville - 77 km

 

Aujourd'hui, c'est une journée spéciale ! Ça fait un mois que je suis parti de Vancouver à vélo. Un mois passé sur mon vélo, ma selle et tout mon attirail. Pour fêter ça, je me réserve une nuit dans un motel à Melville. Ça sera mon petit cadeau ! Encore faut-il que je rejoigne la ville. 

J'avance à un bon rythme pour rejoindre la ville Balcarres. J'ai repéré sur Google Maps un café, et l'idée de prendre un thé avec une petite viennoiserie en guise de petit déjeuner me fait déjà saliver. Ce fut de courte durée :c'est une ville morte. Il n'y a rien hormis une station essence qui n'a que des chips, bonbons et glaces à manger. Je vais prendre un peu de tout. Mon alléchant petit déjeuner se transforme en glace Magnum et Skittles... 

Une famille d'autochtones s'arrête au même moment. Le fils le plus âgé me parle et il est vraiment impressionné par ce que je fais, ça me fait chaud au cœur ! Il retourne à la voiture, puis il revient en trottinant vers moi et me demande : "Est-ce que je peux prier pour toi ?", me prend la main et commence a prier pour moi. Ce sont ces moments là qui me rappellent à quel point mon aventure est fabuleuse. 

Nous repartons chacun de notre côté puis je m'arrête quelques dizaines de kilomètres plus tard pour manger mon repas lyophilisé du midi sur le bord d'une route. Il y a plus glamour, mais ça me va, je commence à retrouver le goût d'être seul ! 

J'arrive enfin au motel de Melville. La gérante, sud coréenne, est stupéfaite de l'aventure que je suis en train de faire, limite gênée de ne pas pouvoir me proposer autre chose qu'une chambre d'hôtel. Elle me demande si je souhaite des gaufres, et je n'ose pas refuser vu à quel point ça lui tient à cœur. 

Elle revient une dizaine de minutes plus tard, avec deux gaufres et une orange, sans rien demander en contrepartie. Je reconnais en elle la gentillesse des habitants pays asiatiques ! Aller visiter la Corée du Sud, c'est noté dans ma wishlist !

Gaufres gentillement offertes par la gérante

Après avoir fait ma lessive au lavomatic avec du savon pour les mains en guise de lessive (système D oblige), je mange un burger d'un autre fastfood canadien, en guise de second cadeau ! Ça va devenir un voyage culinaire si ça continue ! Et hop au lit, la journée de demain s'annonce rude vue la météo des vents annoncée...

Jour 34 : Melville => Churchbridge - 77 km

 

Après cette douce nuit dans le confort, comment ne pas terminer de fêter mon mois de vélo le matin avec un vrai petit déjeuner. Les 3 pancakes font très bien l'affaire ! 

C'est l'heure du check out et le mari de la gérante me propose un thé coréen, très bon pour le sport ! C'est définitif, je vais en Corée du Sud dans les 5 prochaines années !

Le vent est toujours là et contre moi, mais j'apprends petit à petit à l'accepter. Je roule sur une route tranquille et sans trop de passage. Il m'arrive de rester plus de 10 minutes sans voir une voiture, là c'est vraiment agréable de faire du vélo. 

Quelques petits étangs/lacs croisent ma route et me rappellent que je vais arriver dans une région marécageuse. 

 Lacs sur la route de Melville à Churchbridge

J'arrive à Churchbridge, dernière étape du Saskatchewan. Demain j'espère passer dans le Manitoba et gagner une heure pour me rapprocher de l'heure française.

J'arrive au camping, personne. Je m'installe quand même en me disant qu'on verra bien plus tard. Effectivement, deux personnes âgées sont passés après dans le campement pour encaisser les nuits des nouveaux arrivants. 

Une bonne nuit de sommeil me fera du bien. En espérant encore et toujours que le vent se calmera demain...